Bon, puisque les candidats au bac de philosophie semblent réfractaires et récalcitrants, je me propose comme deuxième candidat, juste après Thal, et je publie aujourd'hui ma propre rédaction.
Devant l'évidence, mon texte étant devenu public, il n'est donc plus permis aux candidats de choisir le sujet que j'ai moi-même choisi, à l'exception où les candidats auront d'autres arguments développés dans ce sujet.
Cela a t-il un sens de vouloir échapper au temps ?
Qu'est-ce que le temps ?
Selon la théorie de la relativité d'Albert Einstein, le temps est une dimension complémentaire aux trois dimensions d'espace pour constituer une géométrie à quatre dimensions : l'espace-temps. Depuis Einstein, on admet que le temps est indissociable de l'espace, et que l'espace et le temps ne sont pas absolus, ils dépendent des observateurs. Vouloir échapper au temps a un équivalent dans la théorie d'Einstein : les paradoxes temporels. En effet, le temps de la physique est le principe premier de la causalité, principe lui-même de la logique. Par exemple, je pousse une tasse, elle tombe et se brise. La causalité est l'enchaînement logique d'événements selon un déroulement pouvant être irréversible. En thermodynamique, l'entropie est l'essence de la causalité. L'entropie est
l'accroissement du désordre, une dégradation de l'énergie lorsque celle-ci se transforme. Dans le cas des paradoxes temporels, un homme qui remonterait le temps pour assassiner son grand-père à une date antérieure à la conception du père de l'assassin entraînerait un paradoxe logique : si l'assassin tue son futur grand-père dans le passé, comment
l'assassin remontera t-il ultérieurement le temps si sa propre naissance est empêchée par lui-même ? Dans ce contexte, vouloir échapper au temps est un non-sens.
Selon la physique, le temps est caractérisé par le passé, le présent et le futur. Ces notions sont culturelles et apprises les premières années de notre vie. Le présent semble glisser sur une droite linéaire, et s'écouler uniformément. Vouloir échapper au temps dans un tel contexte est une tautologie, un pléonasme, puisque le présent échappe sans cesse au temps, puisque demain : aujourd'hui sera hier, et demain sera aujourd'hui. Echapper au présent n'a pas de sens, c'est alors avoir soi-même son propre présent par rapport à d'autres personnes qui suivent leurs présents, les événements paraîtraient s'écouler alors plus vite ou plus lentement. Si nous échappions au présent en allant à contresens de lui, le temps ne s'écoulerait pas. Nous ne pouvons pas avoir conscience que le temps de la physique ne s'écoule pas, puisque la matière qui nous constitue suit des mécanismes qui dépendent du temps. C'est donc un non-sens. C'est comme l'exemple suivant : il faut deux objets distincts pour définir un mouvement entre eux, le concept de vitesse dépend du mouvement des deux objets l'un par rapport à l'autre.
Ce serait un non-sens, une absurdité, d'affirmer pouvoir définir un mouvement, une vitesse, un temps, si nous ne disposions que d'un seul objet dans l'univers pour décrire une dimension physique fondamentale comme l'espace et le temps.
Selon le temps psychologique, le temps paraît passer lentement quand on est jeune, et semble s'écouler de plus en plus vite à mesure que l'on prend de l'âge. L'impatience de la jeunesse et l'expression "c'est comme si c'était hier" dite par les aînés sont significatifs. Dans ce cadre, nous échappons sans cesse au temps, celui-ci se dérobe, à cause de nos distractions, ou quand on est très concentré sur un sujet plaisant, ou lorsque l'ennui se fait longuement sentir. Einstein a dit : "une heure vous
paraît durer une seconde quand vous êtes à côté d'une belle fille, et une seconde paraît durer une heure quand vous posez votre main sur un poëlle brûlant, c'est ça la relativité !".
Selon la météorologie, le temps est le synonyme du climat et de son évolution. Vouloir échapper à l'évolution climatique naturelle est une chimère, excepté par l'astronautique qui permet de quitter l'écosystème terrestre. On ne peut guère, pour la majorité des hommes, se substituer au climat terrestre. On le subit. L'activité industrielle causée par l'humanité provoque le réchauffement climatique terrestre en contribuant à l'effet de serre. Se soustraire à cette évolution catastrophique revient à trouver des solutions écologiques adaptées et urgentes. On ne sait pas à ce jour si l'effet de serre est réversible.
Selon la biologie humaine, le temps représente l'écoulement des années. La naissance, la jeunesse, la maturité puis la vieillesse. L'angoisse de vieillir, et de voir sa santé se dégrader est une angoisse pour tout être humain. Chacun peut être tenté de recouvrer la jeunesse, ou la conserver la plus longtemps possible. Vouloir échapper au temps, refuser la vieillesse, a un sens, parce que c'est une angoisse existentielle réelle. Cette volonté d'échapper au temps biologique est un instinct naturel de survie, une volonté de vivre. Echapper au temps a des moyens scientifiques réalisables, comme les produits cosmétiques et les traitements médicaux hormonaux. Mais il existe et existera des moyens posant des problèmes éthiques, comme la thérapie par la génétique et par la nanotechnologie médicale qui pourraient empêcher le vieillissement et assurer le maintien de la santé, voire même augmenter sensiblement la longévité. Vouloir échapper au temps biologique a un sens pour
ceux qui veulent s'y soustraire, en conservant une longue jeunesse. Mais vouloir échapper au temps biologique est un non-sens pour l'éthique.
En conclusion, vouloir échapper au temps a un sens qui varie en fonction de la définition que l'on donne au temps, et en fonction des observateurs, selon qu'ils soient spectateurs ou acteurs.