Je ne savais ou posté, je le mets donc ici.
«
On parle de mon amour pour la guerre, mais n’ai-je pas été constamment occupé à me défendre ? Ai-je remporté une seule grande victoire que je n’aie immédiatement proposé la paix ? » Napoléon Bonaparte
Parmi les légendes composées par la partialité et accréditées par l’ignorance, il en est une – et non des moins rabâchée – qui représente Napoléon comme un conquérant sanguinaire ne vivant que pour le carnage et faisant la guerre son passetemps favori, son jeu préféré. Mais comme face aux attaques mensongères et totalement « abracadabrantesques » du triste sire Ribbe, faisant de Napoléon le précurseur d’Hitler, le faiseur de génocide des noirs ou bien les calomnies d’un Caratini , les faits, pour quiconque veut les voir , se dressent devant les assertions malveillantes ou controuvées et, dans leur impassible éloquence, ils assurent à la vérité la victoire définitive sur le mensonge.
Ce n’est pas le règne du « grand Empereur » que j’essaierai de passer en revue mais je chercherai à jeter un coup d’œil rapide sur les circonstances d’où surgirent les guerres de l’Empire, sur les véritables instigateurs de ces conflits et sur le destin qu’eut fait à la France l’effacement de Napoléon dans cette lutte épique de quinze ans dont il ne fut ni l’auteur ni le maitre. La passion qui dénature les faits pour les exploiter à son profit, l’ignorance qui les juge d’après les apparences, font de Napoléon un ambitieux farouche, immolant tout à son esprit de domination. Rien de plus faux que cette peinture et, pour le prouver, il faudrait pouvoir mettre en lumière et aux yeux de tous, le caractère de l’homme privé autant que les évènements formidables s’entrechoquant autour du trône du souverain.
« Les cœurs ambitieux ne s’attendrissent pas », a dit La Harpe. Napoléon témoigna dans sa vie privée comme dans beaucoup de ses actes publics la sensibilité d’un cœur ouvert à toutes les générosités. En 1791, quiconque eut pénétré dans la misérable chambrette, habitée par le lieutenant de 22 ans, y eut trouvé le futur maitre du monde vivant de pain sec, brossant lui-même son uniforme, se refusant par économie toutes relations, convoitant un livre à une devanture pendant des semaines ou des mois, avant d’avoir pu économiser le prix, sou par sou… Et pourquoi cette âpre misère ? … Pour payer, sur sa maigre solde, la pension et l’entretien de son jeune frère Louis, le futur roi de Hollande … Cette admirable abnégation émane-t-elle d’un être ambitieux ? Napoléon rechercha toujours les joies de la famille, celle-ci d’ailleurs ne lui en étant pas toujours reconnaissante, on connait son tendre respect pour sa mère et son profond amour pour Joséphine. Et ses généraux, ses soldats, de quelle bonté ne les a-t-il pas entourés ! Le soir de Marengo, Napoléon rentre accablé et morne à son quartier général, comme un aide de camp s’en étonne, il s’écrie d’une voix entrecoupée et les yeux pleins de larmes : -« Desaix ! mais Desaix ! » La mort de son compagnon d’armes, de son ami, lui fait oublier son éclatante victoire. Après Essling, et tant que survécut Lannes , l’Empereur alla le visiter chaque jour, il voulut encore revoir son ami mort dont il contempla longuement le corps et qu’il pressa dans ses bras en pleurant à chaudes larmes. La même scène de désolation se renouvela après sa visite à Duroc agonisant.
Les simples soldats ne furent pas moins l’objet de sa paternelle sollicitude, d’ailleurs, s’ils n’eussent trouvé en lui qu’un inexorable ambitieux, les conduisant à la mort pour assouvir la soif d’une égoïste passion, ces hommes d’airain eussent-ils voué au « Petit Caporal », au « Petit Tondu », ce culte d’enthousiasme éperdu ? Non ! Ce n’est point à un ambitieux que fut jamais donné de susciter sur les champs de bataille les miracles d’héroïsme accomplis par les armées impériales. Quel orateur, quel écrivain, quel poète saurait retracer les invraisemblables envolées d’audace guerrières des soldats de l’Empereur, dans ces plaines sanglantes où, après s’être enivrés quinze ans des triomphes de la victoire, ces farouches héros de la liberté durent enfin connaître les froides terreurs de la défaite !
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La première des sept coalitions européennes formées contre la France fut motivée par l’exécution de Louis XVI en janvier 1793. Obscur officier d’artillerie, Bonaparte était-il pour quelque chose dans ces évènements ? Il ne fut connu qu’en septembre suivant par la prise de Toulon sur les Anglais, n’étant encore que simple chef de bataillon.
C’est à l’Angleterre, ne l’oublions pas, qu’est due la longue chaîne de ces guerres qui ne doivent être judicieusement considérées que comme une guerre unique. Ainsi qu’un incendie mal éteint, cette guerre se rallumait chaque fois qu’une victoire décisive de l’Empereur mettait fin à une campagne, simple épisode de la lutte acharnée suscitée et alimentée par l’Angleterre. La Révolution française, avec ou sans Napoléon, devait être le signal d’un duel à mort entre la France et l’Europe qui le provoqua pour écraser le principe de la Révolution, afin de préserver à jamais les vieilles nations féodales. Tel est l’historique très simple de nos guerres avant et pendant l’Empire.
Il est vrai qu’en 1795, et pensant se préserver d’une nouvelle agression ou la rendre moins périlleuse, la Convention voulut porter les frontières de la France jusqu’à ses limites naturelles, était-ce une faute ? Dans tous les cas c’était donner aux risques de guerre un aliment dangereux. Toutefois, Bonaparte là encore, restait absolument en dehors des causes de ce conflit. Le 29 mars 1796, le jeune général recevait à Nice le commandement de l’armée d’Italie, on sait ce que fut cette merveilleuse campagne terminée par le traité de Campo-Formio, et dont Bonaparte, général de la République, ne fut que le glorieux instrument.
Parvenu au Consulat, Bonaparte voulut que son premier acte fût d’offrir la paix à l’Europe, était-ce une marque d’ambition ? Il écrivit au roi d’Angleterre, Georges III, une lettre où, déplorant pour les deux pays les calamités d’une guerre de huit ans, il exprimait le désir de voir cesser cette guerre qui pouvait durer longtemps pour le malheur de tous les peuples. Il écrivit dans le même sens à François II, Empereur d’Allemagne, mais cette généreuse initiative resta sans résultat, si ce n’est cette arrogante réponse de Pitt : -« l’Angleterre ne signera la paix que quand la France sera rentrée dans ses anciennes limites. »
Le Premier Consul recevait du Directoire un héritage écrasant : la Hollande, la Suisse, la Ligurie reliée à la France et des intérêts moraux ailleurs encore. Bonaparte devait-il consentir à faire l’humiliant abandon de ces conquêtes le prix de la paix ? Son honneur militaire comme son devoir de chef d’Etat le lui interdisaient. Dans ces conditions, sa première campagne personnelle ne saurait donc lui être imputée.
Nos armées débouchèrent tout à la fois en Allemagne, en Suisse et en Italie. Bonaparte entre bientôt en libérateur dans Milan et remporte ensuite, le 14 juin 1800, la victoire de Marengo sur les armées de François II. En Allemagne, le général Moreau, écrase les Autrichiens à Hohenlinden, le 3 décembre 1800. En février 1801, le traité de Lunéville, imposé à l’Autriche, termina cette brillante campagne en donnant pour frontières à la France le Rhin et l’Adige, elle assurait en outre la paix pour quatre ans, presque sur tout le continent. Un an après, en mars 1802, l’Angleterre était contrainte de signer la paix d’Amiens, cette fois voilà la France en paix, même avec sa terrible ennemie. Combien durera cette paix et par qui sera-t-elle rompue ?
Avec la duplicité inséparable de sa politique, l’Angleterre se soustrait cyniquement à l’accomplissement du traité d’Amiens, elle n’évacue ni l’Egypte, ni Malte. Le 18 février 1803, Bonaparte disait à l’ambassadeur d’Angleterre : -« Voulez-vous la paix ou la guerre ? » L’Angleterre ne cherchait que la rupture, elle éclata aussitôt. Cette reprise des hostilités est-elle du fait de Napoléon ? Le Premier Consul devait-il admettre l’inexécution d’un traité formel ? Napoléon réunit la « Grande Armée » au camp de Boulogne pour opérer sa descente en Angleterre.
Excitées et soudoyées par l’Angleterre, la Russie et l’Autriche conclurent contre nous un pacte dont Napoléon pénétra le secret … Avec son armée, Napoléon conçut le plan de la foudroyante campagne d’Austerlitz, tels sept torrents les colonnes de la Grande Armée fondirent sur l’Autriche. Seule mauvaise nouvelle au cours de cette campagne, la défaite navale de Trafalgar qui en plus de rendre, à court terme, toute descente en Angleterre impossible, eut des conséquences incalculables sur les destinées de la France. Le 2 décembre 1805, anniversaire du Sacre, Alexandre Ier et François II contemplèrent du haut du Pratzen la déroute de leurs armées écrasées par Napoléon avec des forces de plus de moitié inférieures. La bataille d’Austerlitz venait de terminer cette campagne et voyait les deux vaincus demander humblement la paix à Napoléon et le 26 décembre, le traité de Presbourg mettait fin à la troisième coalition.
La mort de Pitt, survenue en 1806, sembla détendre la situation entre la France et l’Angleterre, il y eut même des pourparlers engagés avec Fox, son successeur, pourparlers que Napoléon dirigea dans un sincère désir de paix. On sait que Fox mourut quelques mois après son rival sans que rien ne fût conclu. Alors les partisans de la guerre reprirent le pouvoir en Angleterre et déchainèrent contre la France la quatrième coalition. Napoléon pouvait-il, cette fois encore, éviter d’entrer en campagne ?
Frédéric Guillaume, qui l’année d’avant était restée dans l’expectative, lança son pays dans la guerre, sans attendre les armées Russes, Alexandre ayant rejoint la nouvelle coalition afin de venger l’affront d’Austerlitz, et envahissait la Saxe avant de marcher sur la Bavière. Le 28 septembre, Napoléon était à Mayence et le 1er octobre il passait le Rhin. Le 14 juin il battait les Prussiens à Iéna tandis que Davout, avec son seul corps d’armée, en faisait de même à Auerstaedt . L’armée Prussienne s’effondrait tel un château de carte, Napoléon entrait à Berlin et poussait son armée à la poursuite des restes des troupes de Frédéric Guillaume mais aussi à la rencontre des Russes. Le 8 février 1807, à Eylau, s’exposant avec une héroïque témérité, Napoléon battit ensemble les Russes et les Prussiens. Le 14 juin suivant, à Friedland, la Grande Armée culbutait une nouvelle fois l’armée Russe et forçait ainsi le Tsar Alexandre et le roi Frédéric Guillaume, à peu près dépossédé de ses Etats, à signer le 25 juin 1807, le traité de Tilsit.
La quatrième coalition était dispersée mais l’Angleterre ne voulait laisser à Napoléon ni trêve ni merci.
Par ses conseils et par son or, notre Ennemie souleva le Portugal contre nous. Ce fut l’origine de la guerre d’Espagne, en 1808, qu’on reproche à Napoléon comme une faute. Soit. Mais cette faute, l’Empereur n’en avait pas eu l’initiative directe … Remarquons que les campagnes de Napoléon présentent un caractère défensif, quand il attaquait, ce n’était pas pour conquérir.
En janvier 1809, de retour de Madrid, Napoléon se trouva face à la cinquième coalition, insidieusement provoquée par l’Angleterre, mais ouverte par l’Autriche, qui venait d’envahir inopinément la Bavière, le prétexte était les prétendus griefs des populations allemandes contre Napoléon … Toujours Napoléon fut attaqué, toujours Napoléon eut la main forcée.
Sans suivre le grand Empereur dans ses victoires rapides et brillantes, disons seulement que le 17 avril 1809, s’étant mis à la tête de son armée, il remportait la victoire de Tann trois jours après, le 21 celle d’Abensberg, le 22 celle d’Ekmül et le 23 celle de Ratisbonne. Le 13 mai, Napoléon entrait pour la deuxième fois dans Vienne, le 21 mai avait lieu la bataille d’Essling, que l’on peut qualifier de victoire défensive. Le 5 juillet, les Autrichiens essuyaient la défaite d’Enzersdorff qui précédait le désastre de Wagram.
Le 14 octobre, la paix fut signée par un vainqueur trop généreux qui, cette fois encore, crut à la bonne foi de l’Autriche, qu’il pouvait rayer de la carte de l’Europe, et à laquelle il se contenta d’imposer l’acceptation du système continental avec toutes ses conséquences.
Le 1er avril 1810 eut lieu le mariage de Napoléon avec l’archiduchesse d’Autriche, Marie louise . Les années 1810 et 1811 s’écoulèrent, sauf pour l’Espagne, dans les douceurs de la paix que Napoléon sut employer au plus grand profit de ses magnifiques conceptions gouvernementales.
Le signal de la sixième coalition fut donnée par la Russie, d’accord avec l’Angleterre, la Russie éludait complètement les traites de Tilsit et d’Erfurt, et le Cabinet de Saint-Pétersbourg n’était qu’une succursale du Cabinet Britannique. Alors encore quel était l’agresseur d’Alexandre ou de Napoléon ???
Le 9 mars 1812, Napoléon quittant Paris commençait la sinistre campagne de Russie. Les débuts en furent heureux, bientôt Napoléon était maitre de Wilna, les victoires de Witepsk, de Krasnoë, de Smolensk, de Wiazma précédèrent celle de Borodino et l’entrée dans Moscou le 14 septembre de la même année. Napoléon séjourna dans cette ville un mois entier, dans la pensée que les vaincus solliciteraient la paix … Ce fut cette longue attente qui, retardant la retraite, la changea en désastre, par les rigueurs d’un hiver meurtrier et dont les ravages furent exceptionnels même dans ces contrées .
Le 18 décembre Napoléon rentrait à Paris, préparant aussitôt une campagne de revanche. Le 15 avril 1813, il quittait la France à la tête de la jeune armée qui remportait, le 1er mai la victoire de Lutzen sur les russes et les Prussiens, celle de Bautzen trois semaines après. Mais un nouvel ennemi entrait en scène, invisible, insaisissable, celui-là : la trahison ! Les troupes des états allemands firent défections, plusieurs généraux se détachèrent de l’Empereur, plus ou moins ostensiblement. La Victoire de Dresde fut « annulée » par le revers de Kulm mais aussi par les défaites des maréchaux Ney et Macdonald. Après Leipsick, le 18 octobre, la retraite dut commencer pour ce porter vers le Rhin et la France, non sans avoir fait payer à l’armée bavaroise sa trahison lors de la bataille d’Hanau.